Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/227

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flambeau de la raison la seroit évanouir, en voulant l’éclaircir ! Quelle étrange idée voudroit-on nous donner & de la raison & de la vertu !

Comment prouve-t-on de si bizarres paradoxes ? Un objecte que les Sciences & les Arts ont porté un coup mortel aux mœurs anciennes, aux institutions primitives des états : on cite pour exemple Athenes & Rome. Euripide & Démosthene ont vu Athenes livrée aux Spartiates & aux Macédoniens : Horace, Virgile & Cicéron ont été contemporains de la ruine de la liberté Romaine ; les uns & les autres ont été témoins des malheurs de leur pays : ils en ont donc été la cause. Conséquence peu fondée, puisqu’on en pourroit dire autant de Socrate & de Caton.

En accordant que l’altération des loix & la corruption mœurs ayent beaucoup influé sur ces grands événemens, me forcera-t-on de convenir que les Sciences & les Arts y ayent contribué ? La corruption suit de près la prospérité ; les Sciences sont pour l’ordinaire leurs plus rapides progrès dans le même tems : des choses si diverses peuvent naître ensemble & se rencontrer : mais c’est sans cause & d’effet.

Athenes & Rome étoient petites & pauvres dans leurs commencemens ; tous leurs citoyens étoient soldats, toutes leurs vertus étoient nécessaires, les occasions même de corrompre leurs mœurs n’existoient pas. Peu après elles acquirent des richesses & de la puissance. Une partie des citoyens ne fut plus employée à la guerre ; on apprit à jouir & à penser. Dans le sein de leur opulence ou de leur loisir, les uns perfectionnerent