Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/231

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& leur déclin sont ordinairement dans une juste proportion avec la fortune & l’abaissement des Empires.

Cette vérité se confirme encore par l’expérience des derniers tems. L’esprit humain, après une éclipse de plusieurs siecles, sembla s’éveiller d’un profond sommeil. On souilla dans les cendres antiques, & le feu sacré se ralluma de toutes parts. Nous devons encore aux Grecs cette seconde génération des Sciences. Mais dans quel tems reprirent-elles cette nouvelle vie ? Ce fut lorsque l’Europe, après tant de convulsions violentes, eût enfin pris une position assurée, & une forme plus heureuse.

Ici se développe un nouvel ordre de choses. Il ne s’agit plus de ces petits royaumes domestiques, renfermés dans l’enceinte d’une ville : de ces peuples condamnés à combattre pour leurs héritages & leurs maisons, tremblans sans cessé pour une Patrie toujours prête à leur échapper : c’est une monarchie vaste & puissante, combinée dans toutes ses parties par une législation profonde. Tandis que cent mille soldats combattent gaîment pour la sureté de l’Etat, vingt millions de citoyens, heureux & tranquilles, occupés à sa prospérité intérieure, cultivent sans alarmes les immenses campagnes, sont fleurir les loix, le commerce, les Arts & les Lettres dans l’enceinte des villes : toutes les professions diverses, appliquées uniquement à leur objet, sont maintenues dans un juste équilibre, & dirigées au bien général par la main puissante qui les conduit & les anime. Telle est la foible image du beau regne de Louis XIV, & de celui sous lequel nous avons le bonheur de vivre : la France riche, guerriere & savante, est devenue le modele