Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/242

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Le temple des Sciences est un édifice immense,qui ne peut s’achever que dans la durée des siecles. Le travail de chaque homme est peu de chose dans un ouvrage si vaste ; mais le travail de chaque homme y est nécessaire. Le ruisseau qui porte ses eaux à la mer, doit-il s’arrêter dans sa course, en considérant la petitesse de son tribut ? Quels éloges ne doit-on pas à ces hommes généreux, qui ont percé & écrit pour la postérité ? Ne bornons point nos idées à notre vie propre ; étendons-les sur la vie totale du genre-humain ; méritons d’y participer, & que l’instant rapide où nous aurons vécu, soit digne d’être marqué dans son histoire.

Pour bien juger de l’élévation d’un Philosophe d’un Philosophe, ou d’un homme de Lettres, au-dessus du commun des hommes, il ne faut que considérer le sort de leurs pensées : celles de l’un, utiles à la société générale, sont immortelles & consacrées à l’admiration de tous les siecles ; tandis que le autres voient disparoître toutes leurs idées avec le jour, la circonstance, le moment qui les a vu naître : chez les trois quarts des hommes, le lendemain efface la veille, sans qu’il est reste la moindre trace.

Je ne parlerai point de l’astrologie judiciaire, de la cabale, & de toutes les sciences qu’on appelloit occultes : elles n’ont servi qu’à prouver que la curiosité est un penchant invincible ; & quand les vraies Sciences n’auroient fait que nous délivrer de celles qui en usurpoient si honteusement le nom, nous leur devrions déjà beaucoup.

On nous oppose un jugement de Socrate, qui porta non sur les savans, mais sur les sophistes ; non sur les Sciences,