Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/249

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l’or de Pyrrhus : mais Titus, dans la somptuosité de ses palais, mesurant son bonheur sur celui qu’il procure au monde par ses bienfaits & par ses loix, devient le héros de mon cœur. Au lieu cet antique héroisme superstitieux, rustique ou barbare, que j’admirois en frémissant ; j’adore une vertu éclairée, heureuse & bienfaisante ; l’idée de mon existence s’embellit ; j’apprends à honorer & à chérir l’humanité.

Qui pourroit être assez aveugle, ou assez injuste, pour n’être pas frappé de ces différences ? Le plus beau spectacle de la nature, c’est l’union de la vertu & du bonheur ; les Sciences & les Arts peuvent seuls élever la raison à cet accord sublime. C’est de leur secours qu’elle emprunte des forces pour vaincre les patrons, des lumieres pour dissiper leurs prestiges, de l’élévation pour apprécier leurs petitesses, des attraits enfin & des dédommagemens pour se distraire de leurs séductions.

On a dit que le crime n’étoit qu’un faux jugement.*

[*Considérations sur les mœurs. ] Les Sciences, dont le premier objet est l’exercice & la perfection du raisonnement, sont donc les guides les plus assurés des mœurs. L’innocence sans principes & sans lumieres, n’est qu’une qualité de tempérament, aussi fragile que lui. La sagesse éclairée connoît ses ennemis & ses forces. Au moyen de son point de vue fixe, elle purifie les biens matériels, & en extrait le bonheur : elle sait tour-à-tour s’abstenir & jouir dans les bornes qu’elle s’est prescrites.

Il n’est pas plus difficile de faire voir l’utilité des Arts pour