Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/264

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prépare, cet Auteur veut qu’elle soit dénuée de tout principe de religion. Et voilà pourquoi, selon lui, connoître le bien & le mal, sentir la raison des devoirs de l’homme, n’est pas l’affaire d’un enfant... J’aimerois autant, ajoute-t-il, exiger qu’un enfant eût cinq pieds de haut, que du jugement à dix ans.

VI. Sans doute, M. T. C. F., que le jugement humain a ses progrès, & ne se forme que par degrés. Mais s’ensuit-il donc qu’à l’âge de dix ans un enfant ne connoisse pont la différence du bien & du mal, qu’il confonde la sagesse avec la folie, la bonté avec la barbarie, la vertu avec le vice ? Quoi ! à cet âge il ne sentira pas qu’obéir à son pere est un bien, que lui désobéir est un mal. Le prétendre, M. T. C. F., c’est calomnier la nature humaine, en lui attribuant une stupidité qu’elle n’a point.

VII. "Tout enfant qui croit en Dieu, dit encore cet Auteur, est idolâtre ou antropomorphite." Mais s’il est idolâtre, il croit donc plusieurs Dieux ; il attribue donc la nature divine à des simulacres insensibles ? S’il n’est qu’antropomorphite, en reconnoissant le vrai Dieu, il lui donne un corps. Or, on ne peut supposer ni l’un ni l’autre dans un enfant qui a reçu une éducation chrétienne. Que si l’éducation a été vicieuse à cet égard, il est souverainement injuste d’imputer à la religion ce qui n’est que la faute de ceux qui l’enseignent mal. Au surplus, l’âge de dix ans n’est point l’âge d’un Philosophe : un enfant, quoique bien instruit, peut s’expliquer mal ; mais en lui inculquant que la Divinité n’est rien de ce qui tombe, ou de ce qui peut tomber sous les sens ; qui c’est