Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/268

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saine. Saint Paul assure, qu’entre les Philosophes Paiens, plusieurs sont parvenus ; par les seules forces de la raison, à la connoissance du vrai Dieu. Ce qui peut être connu de Dieu, dit cet Apôtre, leur a été manifesté, Dieu le leur ayant fait connoître : la considération des choses qui ont été faites dés la création du monde leur ayant rendu visible ce qui est invisible en Dieu, sa puissance même éternelle, & sa divinité, en sorte qu’ils sont sans excuse ; puisqu’avant connu Dieu, ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, & ne lui ont point rendu graces ; mais ils se sont perdus dans la vanité de leur raisonnement, & leur esprit insensé a été obscurci : en se disant sages, ils sont devenus sous.*

[*Quod notum est Dei manifestum est in illis : Deus enim illis manifestavit. Invisibilia enim ipsius, à creaturâ mundi, par ea quie facta sunt intellecta, conspicintur : sempiterna quoque ejus virus & divinitas, ita ut sint inexcusabiles ; quia cum cognovissent Deum, non sicut Deum glorificaverunt, aut gratias egerunt, fed evanuerunt in cogitationibus suis, & obscurant ess insipiens cor corum ; dicentes enim se esse sapientes, stulti facti sunt. Rom. C. I, v. 19. 22.]

XII. Or, si tel a été le crime de ces hommes, lesquels bien qu’assujettis par les préjugés de leur éducation au culte des idoles, n’ont pas laissé d’atteindre à la connoissance de Dieu : comment ceux qui n’ont point de pareils obstacles à vaincre, seroient-ils innocens & justes, au point de mériter de jouir de la présence de Dieu dans l’autre vie ? Comment seroient-ils excusables (avec une raison saine telle que l’Auteur la suppose) d’avoir joui durant cette vie du grand spectacle de la nature, & d’avoir cependant méconnu celui qui l’a ci qui la créée, qui la conserve & la gouverne ?