Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/270

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admettre un Dieu, c’est admettre un Etre suprême & indépendant auquel tous les autres Etres soient subordonnés. Il implique donc qu’il y ait plusieurs Dieux.

XIV. Il n’est pas étonnant, M. T. C. F., qu’un homme qui donne dans de pareils écarts touchant la Divinité, s’éleve contre la religion qu’elle nous a révélée. À l’entendre, toutes les révélations en général ne font que dégrader Dieu, en lui donnant des passions humaines. Loin d’éclaircir les notions du grand Etre, poursuit-il, je vois que les dogmes particuliers les embrouillent ; que loin de les ennoblir, ils les avilissent : qu’aux mysteres inconcevables qui les environnent, ils ajoutent des contradictions absurdes. C’est bien plutôt à cet Auteur, M. T. C. F., qu’on peut reprocher l’inconséquence & l’absurdité. C’est bien lui qui dégrade Dieu, qui embrouille, & qui avilit les notions du grand Etre, puisqu’il attaque directement son essence, en révoquant en doute son unité.

XV. Il a senti que la vérité de la révélation chrétienne étoit prouvée par des faits ; mais les miracles formant une des principales preuves de cette révélation, & ces miracles nous ayant été transmis par la voie des témoignages, il s’écrie : quoi ! toujours des témoignages humains ! toujours des hommes qui me rapportent ce que d’autres hommes ont rapporté ? Que d’hommes entre Dieu & moi ! Pour que cette plainte fût sensée, M. T. C. F., il faudroit pouvoir conclure que la révélation est fausse dès qu’elle n’a point été faite à chaque homme en particulier ; il faudroit pouvoir dire : Dieu ne peut exiger de moi que je croye ce qu’on m’assure qu’il a dit, dès que ce n’est pas directement à moi qu’il a adresse