Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/274

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Il seroit difficile, M. T. C. F., de rendre un plus bel hommage à l’authenticité de l’Evangile. Cependant l’Auteur ne la reconnoît qu’en conséquence des témoignages humains. Ce sont toujours des hommes qui lui rapportent ce que d’autres hommes ont rapporté. Que d’hommes entre Dieu & lui ! Le voilà donc bien évidemment en contradiction avec lui-même : le voilà confondu par ses propres aveux. Par quel étrange aveuglement a-t-il donc pu ajouter : avec tout cela ce même Evangile est plein de choses incroyables, de choses qui répugnent à la raison, & qu’il est impossible à tout homme sensé de concevoir, ni d’admettre. Que faire au milieu de toutes ces contradictions ? Etre toujours modeste & circonspect.... Respecter en silence ce qu’on ne sauroit, ni rejetter, ni comprendre, & s’humilier devant le grand Etre qui seul fait la vérité. Voilà le scepticisme involontaire où je suis resté. Mais le scepticisme, M. T. C. F.,peut-il donc être involontaire, lorsqu’on refuse de se soumettre à la doctrine d’un livré qui ne sauroit être inventé par les hommes ? Lorsque ce livré porte des caracteres de vérité, si grands, si frappans, si parfaitement inimitables, que l’inventeur en seroit plus étonnant que le héros ? C’est bien ici qu’on peut dire que l’iniquité a menti contre elle-même.*

[*Mentita est iniquitas sibi. Psal. 26. v. 12. ]

XVIII. Il semble, M. T. C. F., que cet Auteur n’a rejetté la révélation que pour s’en tenir à la religion naturelle ; ce que Dieu veut qu’un homme fasse, dit-il, il ne lui fait pas dire par un autre homme, il le lui dit à lui-même, il l’écrit au fond de son cœur. Quoi donc ! Dieu n’a-t-il pas écrit au