Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/275

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fond de nos cœurs l’obligation de se soumettre à lui, dès que nous sommes surs que c’est lui qui a parlé ? Or, quelle certitude n’avons-nous pas de sa divine parole ! Les faits de Socrate dont personne ne doute, sont de l’aveu même de l’Auteur d’EMILE, moins attestés que ceux de Jésus-Christ. La religion naturelle conduit donc elle-même à la religion révélée. Mais est-il bien certain qu’il admette même la religion naturelle, ou que du moins il en reconnoisse la nécessité ? Non, M. T. C. F.. Si je me trompé, dit- il, c’est de bonne foi. Cela me suffit, pour que mon erreur même ne me soit pas imputé à crime. Quand vous vous tromperiez de même, il y auroit peu de mal à cela ; c’est-à-dire que, selon lui, il suffit de se persuader qu’on est en possession de la vérité ; que cette persuasion, fût-elle accompagnée des plus monstrueuses erreurs, ne peut jamais être un sujet de reproche ; qu’on doit toujours regarder comme un homme sage & religieux, celui qui, adoptant les erreurs même de l’athéisme, dira qu’il est de bonne foi. Or, n’est-ce pas là ouvrir la porte à toutes les superstitions, à tous les systêmes fanatiques, à tous les délires de l’esprit humain ? N’est-ce pas permettre qu’il y ait dans le monde autant de religions, de cultes divins, qu’on y compte d’habitans ? Ah ! M. T. C. F., ne prenez point le change sur ce point. La bonne foi n’est estimable, que quand elle est éclairée & docile. Il nous est ordonné d’étudier notre religion, & de croire avec simplicité. Nous avons pour garant des promesses, l’autorité de l’Eglise : apprenons à la bien connoître, & jettons-nous ensuite dans son sein. Alors nous pourrons compter sur notre bonne foi, vivre dans la paix,