Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/323

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


Si cette tragédie laissé quelque chose à regretter aux sages, c’est de n’y voir que les forfaits causés par le zele d’une fausse religion, & non les malheurs encore plus déplorables, où le zele aveugle pour une religion vraie peut quelquefois entraîner les hommes.

Ce que je dis ici de Mahomet, je crois pouvoir le dire de même des autres tragédies qui vous paroissent si dangereuses. Il n’en est, ce me semble, aucune qui ne laissé dans notre ame après la représentation, quelque grande & utile leçon de morale plus ou moins développée. Je vois dans OEdipe un Prince fort à plaindre sans doute, mais toujours coupable,puisqu’il a voulu, contre l’avis même des Dieux, braver sa destinée ; dans Phedre, une femme que la violence de sa passion peut rendre malheureuse, mais non pas excusable,puisqu’elle travaille à perdre un Prince vertueux dont elle n’a pu se faire aimer ; dans Catilina, le mal que l’abus des grands talens peut faire au genre-humain ; dans Médée &dans Atrée, les effets abominables de l’amour criminel & irrité, de la vengeance & de la haine. D’ailleurs, quand ces pieces ne nous enseigneroient directement aucune vérité morale, seroient-elles pour cela blâmables au pernicieuses ? Il suffiroit pour les justifier de ce reproche, de faire attention aux sentimens louables, ou tout au moins naturels, qu’elles excitent en nous ; OEdipe & Phedre l’attendrissement sur nos semblables, Atrée & Médée le frémissement & l’horreur. Quand nous irions à ces tragédies, moins pour être instruits que pour être remués, quel seroit en cela notre crime & le leur ? Elles seroient pour les honnêtes gens, s’il est permis