Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/324

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d’employer cette comparaison, ce que les supplices sont pour le peuple, un spectacle où ils assisteroient par le seul besoin, que tous les homme sont d’être émus. C’est en effet ce besoin & non pas, comme on le croit communément un sentiment d’inhumanité qui fait courir le peuple aux exécutions des criminels. Il voit au contraire ces exécutions avec un mouvement de trouble & de pitié, qui va quelquefois jusqu’à l’horreur & aux larmes. Il faut à ces amen rudes, concentrées & grossieres, des secousses fortes pour les ébranler. La tragédie suffit aux ames plus délicates, & plus sensibles ; quelquefois même, comme dans Médée & dans Atrée, l’impression est trop violente pour, elles. Mais bien loin d’être alors dangereuse, elle est au contraire importune ;& un sentiment de cette espece peut-il être une source de vices & de forfaits ? Si dans ses pieces où l’on exposé le crime à nos yeux, les scélérats ne sont pas toujours punis, le spectateur est affligé qu’ils ne le soient pas : quand il ne peut en accuser le Poete, toujours obligé de se conformer à l’histoire, c’est alors, si je puis parler ainsi, l’histoire elle-même qu’il accuse ; & il se dit en sortant.

Faisons notre devoir, & laissons faire aux Dieux.

Aussi dans un spectacle qui laisseroit plus de liberté au Poete, dans notre Opéra, par exemple, qui n’est d’ailleurs ni le spectacle de la vérité ni celui des mœurs, je doute qu’on pardonnât à l’Auteur de laisser à jamais le crime impuni, Je me souviens d’avoir vu autrefois en manuscrit un opéra