Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/408

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TRADUCTION

DE L’ODE PRÉCÉDENTE,

Par J. J. Rousseau.




Muse, vous exigez de moi que je consacre au Roi de nouveaux chants, inspirez-moi donc des vers dignes d’un si grand monarque.

Le terrible Dieu des combats avoit semé la discorde entre les peuples de l’Europe ; toute l’Italie retentissoit du bruit des armes ; pendant que la triste paix entendoit du fond d’une antre obscure les tumultes furieux, excités par les humains, & voyoit les campagnes inondées de nouveaux flots de sang. Elle distingue de loin un héros enflammé par sa valeur ; c’est Charles qu’elle reconnoît, chargé de glorieuses dépouilles. La déesse l’aborde en soupirant, & tâche de le fléchir par ses larmes.

Prince, lui dit-elle, quels charmes trouvez-vous dans l’horreur du carnage ? Épargnez des ennemis vaincus ; épargnez-vous vous-même, & n’exposez plus votre tête sacrée à de si grands périls ; le cruel Mars vous a trop long-tems occupé. Vous êtes chargé d’une ample moisson de palmes. Il est tems désormais que la paix ait part à vos soins, & que vous livriez votre cœur à des sentimens plus doux. Pour le prix de cette paix les dieux vous ont destiné une jeune & divine princesse du sang des rois, illustre par tant de héros