Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/42

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un trésor précieux que les hommes sont indignes de posséder parce qu’ils le tournent en poison : si le fait est vrai, Messieurs, rendons les armes, avouons notre défaite. Que ces filles du Ciel, présent trop funeste à la terre, retournent au lieu de leur origine. Que le Prince si pieux qui vient de fonder une Chaire dans cette Université pour l’interprétation des sautes Lettres condamne son zele mal entendu, & qu’il réserve ses libéralités pour de plus dignes objets. Il faut renfermer sous le sceau les divines Ecritures, parcequ’un Bayle pourroit les profaner : que les Philosophes n’entreprennent plus de nous développer les ressorts de la Providence, également admirable dans le plus grand comme dans le plus petit de ses ouvrages, ni l’efficacité de la Toute-puissance de Dieu, qui se fait une espece de jeu de la création de ce vaste Univers, parce qu’un Spinosa pourroit. confondre la substance divine avec les esprits créés & la matiere, & en faire un composé monstrueux : que la Jurisprudence cessé de nous donner des leçons, pour la conduite de notre vie & la police des états, parce qu’un Hobbes pourroit abuser des plus saines maximes que l’Orateur & le Poete, que le Peintre & le Statuaire ne transmettent plus à la postérité la mémoire des belles actions ; qu’on étouffe dans son berceau l’art prodigieux, si propre à illustrer notre Patrie & notre siécle, de ranimer sur la toile une peinture prête à céder sur la fresque ou sur le bois à l’injure des tems. Qu’on interdise aux Artistes distingués l’usage de ces admirables talens, fondement solide de leur fortune & de leur réputation : qu’on supprime enfin tous les livres, que les savans se taisent & que les Lettres soient condamnées à