Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/423

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Moi, fier républicain que blesse l’arrogance,
Du riche impertinent je dédaigne l’appui,
S’il le faut mendier en rampant devant lui ;
Et ne sais applaudir qu’à toi, qu’au vrai mérite :
La sotte vanité me révolte & m’irrite.
Le riche me méprise, & malgré son orgueil,
Nous nous voyons souvent à-peu-prés de même œil.
Mais quelque haine en moi que le travers inspire,
Mon cœur sincere & franc abhorre la satire :
Trop découvert peut-être, & jamais criminel,
Je dis la vérité sans l’abreuver de fiel.


Ainsi toujours ma plume, implacable ennemie
Et de la flatterie & de la calomnie,
Ne fait point en ses vers trahir la vérité,
Et toujours accordant un tribut mérité,
Toujours prête à donner des louanges acquises,
Jamais d’un vil Crésus n’encensa les sottises.


Ô vous, qui dans le sein d’une humble obscurité
Nourrissez les vertus avec la pauvreté,
Dont les desirs bornés dans la sage indigence
Méprisent sans orgueil une vaine abondance,
Restes trop précieux de ces antiques tems,
Où des moindres apprêts nos ancêtres contens,
Recherchés dans leurs mœurs, simples dans leur parure,
Ne sentoient de besoins que ceux de la nature ;
Illustres malheureux, quels lieux habitez- vous ?
Dites, quels sont vos noms ? Il me sera trop doux