Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/434

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Des amis plus polis, titi climat moins sauvage,
Des plaisirs innocens m’enseignerent l’usage ;
Je vis avec transport ce spectacle enchanteur,
Par la route des sens qui fait aller au cœur :
Le mien, qui jusqu’alors avoir été paisible,
Pour la premiere sois enfin devint sensible ;
L’amour, malgré mes soins, heureux à m’égarer,
Auprès de deux beaux yeux m’apprit à soupirer.
Bons mots, vers élégans, conversations vives,
Un repas égayé par d’aimables convives,
Petits jeux de commerce, & d’où le chagrin suit,
Où, sans risquer la bourse, on délasse l’esprit.
En un mot, les attraits d’une vie opulente,
Qu’aux vœux de l’étranger sa richesse présente ;
Tous les plaisirs du goût, le charme des Beaux-Arts,
A mes yeux enchantés brilloient de toutes parts.
Ce n’est pas cependant que mon aine égarée
Donnât dans les travers d’une mollesse outrée ;
L’innocence est le bien le plus cher à mon cœur ;
La débauche & l’excès sont des objets d’horreur :
Les coupables plaisirs sont les tourmens de l’ame,
Ils sont trop achetés, s’ils sont dignes de blâme.
Sans doute le plaisir, pour être un bien réel,
Doit rendre l’homme heureux, & non pas criminel :
Mais il n’est pas moins vrai que de notre carriere
Le ciel ne défend pas d’adoucir la misere :
Et pour finir ce point, trop long-tems débattu
Rien ne doit être outré, pas même la vertu.