Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/460

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Voue faites, Madame, un détail si riant de ma situation à Montpellier, qu’en vérité, je ne saurois mieux rectifier ce qui peut n’être pas conforme au vrai, qu’en vous priant de prendre tout le contre-pied. Je m’étendrai plus au long dans ma prochaine, sur l’espece de vie due je mene ici. Quant à vous, Madame, plût à Dieu que le récit de votre situation fût moins véridique : hélas !. je ne puis, pour le présent, faire, que des vœux ardens pour l’adoucissement de votre fort : il seroit trop envié, s’il étoit conforme à celui que vous méritez. Je n’ose espérer le rétablissement de ma santé ; car elle est encore plus en désordre que quand je suis parti de Chambéry : mais, Madame si Dieu daignoit me la rendre, il est sûr que je n’en ferois d’autre usage, qu’à tâcher de vous soulager de vos soins, & à vous seconder en bon & tendre fils, & en élevé reconnoissant. Vous m’exhortez, Madame, à rester ici jusqu’à la St. Jean, je ne le ferois pas, quand on m’y couvriroit d’or. Je ne sache pas d’avoir vu, de ma vie, un pays plus antipathique à mon goût que celui-ci, ni de séjour plus ennuyeux, plus maussade, que celui de Montpellier. Je sais, bien que vous ne me croirez point ; vous êtes encore remplie des belles idées, que ceux qui y ont été attrapés en ont répandues au dehors pour attraper les autres. Cependant, Madame, je vous réserve une relation de Montpellier, qui vous sera toucher les choses au doigt & à l’œil ; je vous attends là, pour vous étonner. Pour ma santé, il n’est pas étonnant qu’elle ne s’y remette pas. Premiérement les alimens n’y valent rien ; mais rien, je dis rien, & je ne badine point. Le vin y est trop violent, & incommode toujours ; le