Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/473

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par le plus pressant, qui est votre santé, & l’état présent de vos affaires, c’est-à-dire des nôtres. Je suis plus affligé qu’étonné de vos souffrances continuelles. La sagesse de Dieu n’aime point à faire des présens inutiles ; vous êtes, en faveur des vertus que vous en avez reçues, condamnée à en faire un exercice continuel. Quand vous êtes malade, c’est la patience ; quand vous servez ceux qui le sont, c’est l’humanité. Puisque vos peines tournent toutes à votre gloire, ou au soulagement d’autrui, elles entrent dans le bien général, & nous n’en devons pas murmurer. J’ai été très-touché de la maladie de mon pauvre frere, j’espere d’en apprendre incessamment de meilleures nouvelles. M. d’Arras m’en a parlé avec une affection qui m’a charmé ; c’étoit me faire la cour mieux qu’il ne le pensoit lui-même. Dites-lui, je vous supplie, qu’il prenne courage, car je le compte échappé de cette affaire, & je lui prépare des magisteres qui le rendront immortel.

Quant à moi, je me suis toujours assez bien porté depuis mon arrivée à Paris, & bien m’en a pris ; car j’aurois été, aussi bien que vous, un malade de mauvais rapport pour les chirurgiens & les apothicaires. Au reste, je n’ai pas été exempt des mêmes embarras que vous ; puisque l’ami chez lequel je suis logé a été attaqué cet hiver d’une maladie de poitrine, dont il s’est enfin tiré contre toute espérance de ma part. Ce bon & généreux ami est un gentilhomme Espagnol, assez à son aise, qui me presse d’accepter une asyle dans sa maison, pour y philosopher ensemble le reste de nos jours. Quelque conformité de goûts & de sentimens qui me lie à lui, je ne le