Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/482

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LETTRE XII. À LA MÊME.

À Paris, le 13 Février 1753.

Vous trouverez ci-joint, ma chere maman, une lettre de 240 livres. Mon cœur s’afflige également de la petitesse de la somme & du besoin que vous en avez. Tâchez de pourvoir aux besoins les plus pressans : cela est plus aisé où vous êtes qu’ici, où toutes choses & sur-tout le pain sont d’une cherté horrible. Je ne veux pas, ma bonne maman, entrer avec vous dans le détail des choses dont vous me parlez, parce que ce n’est pas le tems de vous rappeller quel a toujours été mon sentiment sur vos entreprises. Je vous dirai seulement qu’au milieu de toutes vos infortunes, votre raison & votre vertu sont des biens qu’on ne peut vous ôter, & dont le principal usage se trouve, dans les afflictions.

Votre fils s’avance à grands pas vers sa derniere demeure. Le mal a fait un si grand progrès cet hiver que je ne dois plus m’attendre à en voir un autre. J’irai donc à ma destination avec le seul regret de vous laisser malheureuse.

On donnera le premier de mars la premiere représentation du Devin à l’opéra de Paris, je me ménage jusqu’à ce tems-là avec un soin extrême, afin d’avoir le plaisir de le voir. Il sera joué aussi le lundi gras au château de Bellevue en présence du Roi, & Madame la marquise de Pompadour y sera un rôle. Comme tout cela sera exécuté par des seigneurs & dames