Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/49

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Graces à l’industrie de ses habitans, l’Europe est la région de l’Univers la plus fertilisée & la plus riante.

Mais il étoit à craindre que le lâche & paresseux frelon n’enlevât à la diligente abeille le fruit de ses travaux ; c’est à quoi les Lettres ont pourvu par l’établissement des loix entre les Citoyens ; & pour repousser l’avide étranger, opposant la forcé à la forcé, elles ont formé les regles de l’art militaire. Laquelle des deux de la Jurisprudence ou de la science des armes doit tenir le premier rang dans notre estime ? C’est ce qu’il n’est point facile de décider, tant l’une & l’autre ont été fécondes en hommes illustres.

Mais comme leurs emplois & leurs fonctions n’occupent que peu de personnes en comparaison du grand nombre de ceux qui vivent sous leur double protection, par quel moyen les Lettres ont elles prévenu dans la multitude, l’oisiveté & les vices qui marchent à sa suite ? Vous venez, Messieurs, d’admirer leur sagesse, louez à présent leur industrie. Elles ont inventé toutes sortes d’Arts, qui concourent en différentes manieres au bien public. Ils servent à étendre ou à exercer le génie, à conserver ou rétablir la santé, à exciter dans tous une noble émulation. Ce sont eux qui érigent aux actions vertueuses des monumens éternels, qui augmentent l’éclat du Trône, enrichissent le Citoyen, & fournissent à chacun selon son état & ses talens une occupation convenable.

On a raison d’admirer ce qui se passe dans une ruche d’abeilles : mais à la vue de l’ardeur inexprimable dont nos ouvriers sont animés, qui leur fait employer toutes les ressources de l’esprit, toute la dextérité de la main pour produire tant de