Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/494

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Vous le sentîtes parfaitement, Madame, & si je m’en souviens bien, la crainte que mes conseils ne fussent écoutés vous engagea aussi bien que Mademoiselle votre fille à faire à mes égards certaines démarches un peu rampantes, qui dans un cœur comme le mien n’étoient gueres propres à jetter de meilleurs préjugés que ceux que j’avois conçus ; à l’occasion de quoi vous rappeliez fort noblement le présent que vous voulûtes faire de ce précieux juste-au-corps, qui tient aussi-bien que moi une place si honorable dans votre lettre. Mais j’aurai l’honneur de vous dire, Madame, avec tout le respect que je vous dois, que je n’ai jamais songé à recevoir votre présent, dans quelque état d’abaissement qu’il ait plu à la fortune de me placer. J’y regarde de plus près que cela dans les choix de mes bienfaiteurs. J’aurois, en vérité, belle matiere à railler en faisant la description de ce superbe habit retourné, rempli de graisse, en tel état, en un mot, que toute ma modestie auroit eu bien de la peine d’obtenir de moi d’en porter un semblable. Je suis en pouvoir de prouver ce que j’avance, de manifester ce trophée de votre générosité, il est encore en existence dans le même garde-meuble qui renferme tous ces précieux effets dont vous faites un si pompeux étalage. Heureusement Madame la baronne eut la judicieuse précaution, sans présumer cependant que ce soin pût devenir utile, de faire ainsi enfermer le tout sans y toucher, avec. toutes les attentions nécessaires en pareils cas. Je crois, Madame, que l’inventaire de tous ces débris, comparés avec votre magnifique catalogue, ne laissera pas que de donner lieu à un fort joli contraste, sur-tout la belle cave à tabac. Pour les flambeaux