Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/498

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que vous étiez véritablement, & que je n’eusse pas été prévenue par eux que vous étiez leur homme d’affaires. Je ne doute point que galant homme & homme de mérite, comme je vous crois, & comme M. Berthier vous représente à moi, vous ne prissiez mes intérêts avec chaleur, si vous étiez instruit de ce qui s’est passé entr’eux & moi, & des circonstances dont toute cette affaire a été accompagnée ; mais sans entrer dans un long détail, je me contente d’en appeller à leur conscience. Ils savent combien je me suis incommodée pour les tirer de l’embarras le plus pressant, & pour leur éviter bien des affronts ; ils savent que l’argent que je leur ai prêté, je l’ai emprunté moi-même à des conditions exorbitantes ; ils savent encore la rareté excessive de l’argent en ce pays-ci, qui rend cette petite somme plus précieuse, par rapport à moi, que sept ou huit fois autant ne le sauroit être pour eux. En vérité, Monsieur, je suis bien embarrassée après tout cela, de savoir quel nom donner à leur indifférence : j’aurai bien de la peine cependant à me mettre en tête qu’ils fassent métier de faire des dupes.

J’en étois ici quand je viens de recevoir une copie de l’impertinente lettre que vous a écrit Madame de Sourgel. Il semble qu’elle a affecté d’y entasser toutes les marques d’un méchant caractere. Je n’ai garde, Monsieur, de tourner contre elle ses propres armes ; je suis peu accoutumée à un semblable style, & je me contenterai de répondre à ses malignes insinuations par un court exposé du fait.

J’ai vu ici un monsieur & une dame avec leur famille, qui se donnoient pour imprimeurs sous le nom de Thibol, &