Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/502

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moi-même, elle auroit aujourd’hui le plaisir de les retrouver avec tous ses meubles. Il est vrai qu’elle eut la politesse de me présenter une petite cave à tabac de noyer, doublée de plomb, laquelle me paroissant de très-petite considération & fort chétive, je crus pouvoir & devoir même l’agréer sans conséquence, d’autant plus que ne faisant nul usage de tabac, on ne pouvoir gueres m’accuser d’avarice dans l’acceptation d’un tel présent elle est aux dans le garde-meuble. Mais ce qu’elle a oublié, cette dame, c’est une petite croix de bois, incrustée de nacre, que j’ai mise au lieu le plus apparent de ma chambre, pour vérifier la prophétie de Mademoiselle de Sourgel, qui me dit en me la présentant, que toutes les fois que j’y jetterois les yeux je ne manquerois point de dire voilà ma croix.

Au reste, je doute bien sort d’être en arriere de présens avec Madame de Sourgel, quoiqu’elle méprise si fort les miens. Mais ce n’est point à moi de rappeller ces choses-là, ma coutume étant de les oublier dès qu’elles sont faites. Je ne demande pas non plus qu’elle me paye sa pension pour quelques jours qu’elle a demeuré chez moi avec sa belle-fille ; elle en sait assez les motifs & la raison ; je consens cependant volontiers, qu’elle jette tout sur le compte de l’amitié, quoique la compassion y eut bonne part.

Pour le collier de grenats, il est juste de le reprendre s’il n’accommode pas Madame de Sourgel. ; elle auroit pu se servir d’expressions plus décentes à cet égard ; elle sait à merveilles que je n’ai point cherché à lui en imposer ; je lui ai vendu ce collier pour ce qu’il étoit & sur le même pied qu’il