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LETTRE XIX.

Montpellier, 4 Novembre 1737.

M Ô N S I E U R,

Lequel des deux doit demander pardon à l’autre, ou le pauvre voyageur qui n’a jamais passé de semaine depuis son départ, sans écrire à un ami de cœur, ou cet ingrat ami, qui pousse la négligence jusqu’à passer deux grands mois & davantage, sans donner au pauvre pélerin le moindre sigue de vie ? Oui, Monsieur, deux grands mois ; je sais bien que j’ai reçu de vous une lettre datée du 6 Octobre ; mais je sais bien aussi que je ne l’ai reçue que la veille de la Toussaint : & quelque effort que fasse ma raison pour être d’accord avec mes desirs, j’ai peine à croire que la date n’ait été mise après coup. Pour moi, Monsieur, je vous ai écrit de Grenoble, je vous ai écrit le lendemain de mon arrivée à Montpellier, je vous ai écrit par la voie de M. Micoud, je vous ai écrit en droiture ; en un mot, j’ai poussé l’exactitude jusqu’à céder presque à tout l’empressement que j’avois de m’entretenir avec vous. Quant à Monsieur de Trianon, Dieu & lui savent, si l’on peut avec vérité m’accuser de négligence à cet égard, Quelle différence, grand Dieu, il semble que la Savoye est éloignée d’ici de sept ou huit cents lieues, & nous avons à Montpellier des compatriotes du doyen de Killerine (dites cela à mon oncle) qui ont reçu deux fois des réponses de chez eux, tandis que je n’ai pu en recevoir de Chambéry. Il y a trois semaines que j’en reçus une d’attente, après laquelle rien n’a paru.