Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/529

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rapporte assez bien, mais l’Elatine doit avoir huit étamines, & je n’en ai jamais pu découvrir que quatre. La fleur est très-petite, & mes yeux, déjà foibles naturellement, ont tant pleuré que je les perds avant le tems : ainsi je ne me plus à eux. Dites-moi de grâce ce qu’il en est, Madame la duchesse, c’est moi qui devrois en vertu de mon emploi vous instruire ; & c’est vous qui m’instruisez. Ne dédaigne pas de continuer, je vous en supplie, & permettez que je vous rappelle la plante à fleur jaune que vous envoyâtes l’année derniere à M. Granville, & dont je vous ai renvoyé un exemplaire pour en apprendre le nom.

Et à propos de M. Granville mon bon voisin, permette Madame, que je vous témoigne l’inquiétude que son silence me cause. Je lui ai écrit, & il ne m’a point répondu, lui qui est si exact. Seroit-il malade ? J’en suis véritablement en peine.

Mais je le suis plus encore de Mylord Maréchal, mon ami mon protecteur, mon pere qui m’a totalement oublié. Non, Madame, cela ne sauroit être. Quoiqu’on ait pu faire, je puis être dans sa disgrace, mais je suis sûr qu’il m’aime toujours. Ce qui m’afflige de ma position, c’est qu’elle m’ôte les moyen de lui écrire. J’espere pourtant en avoir dans peu l’occasion & je n’ai pas besoin de vous dire avec quel empressement je la saisirai. En attendant j’implore vos bontés pour avoir de les nouvelles, & si j’ose ajouter, pour lui faire dire un mot de moi.

J’ai l’honneur d’être avec un profond respect,

MADAME LA DUCHESSE,

Votre très-humble & très-obéissant serviteur Herboriste.