Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/54

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on nous parle tient précisément le milieu entre l’homme & la brute ; mais l’homme qui se distingue par la vertu jointe la science, s’élevé au-dessus de lui-même, & se rapproche de la Divinité.

Puisque telle est l’excellence d’un pareil homme, que lui seul l’emporte sur tout un peuple, quel bonheur pour tous les ordres de l’Etat, quelle gloire pour le Créateur & pour nous mêmes qui sommes son ouvrage, si l’esprit & les talens étoient toujours réunis aux qualités du cœur & à l’amour de la Religion ! Quel magnifique spectacle ! quel agréable concert ! Un parterre émaillé de fleurs, le Ciel étincelant de mille feux nous ravissent & nous enchantent ; mais la terre parée de tant d’astre animés qui se prêteroient mutuellement de l’éclat n’auroit-elle pas droit de le disputer aux Cieux ? Au lieu d’être le marche pied du Très-haut, elle pourroit devenir sou Trône, & augmenter la Cour des sublimes intelligences qui l’environnent.

Cette vue du bien public a excité en faveur des Lettres le zele d’un homme*

[*M. L’Abbé LE GENDRE] également recommandable par sa conduite & par ses ouvrages. Il a assigné les premiers fonds pour la distribution de nos prix. Simple particulier, le plan qu’il forma n’avoit pour but que le progrès de quelques Arts ; quelle seroit aujourd’hui sa joie, & combien se sentiroit-il honoré de voir le Sénat de la Nation, le premier Parlement du Royaume consacrer à l’utilité publique la source d’une si louable émulation, & répandre dans tout le monde par le moyen de l’Université, & le fruit du bienfait & la gloire du bienfaiteur ?