Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/543

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LETTRE XIII.

Paris le 19 Juillet 1772.

C’est, Madame la duchesse, par un qui pro quo bien inexcusable, mais bien involontaire, que j’ai si tard l’honneur de vous remercier des fruits rares que vous avez eu la bonté de m’envoyer de la part de M. le docteur Solander, & de la lettre du 24 Juin, par laquelle vous avez bien voulu me donner avis de cet envoi. Je dois aussi a ce savant Naturaliste des remerciemens qui seront accueillis bien plus favorablement, si vous daignez, Madame la duchesse, vous en charger, comme vous avez fait l’envoi, que venant directement d’un homme qui n’a point l’honneur d’être connu de lui. Pour comble grace, vous voulez bien encore me promettre les noms nouveaux genres lorsqu’il leur en aura donne : ce qui suppose aussi la description du genre, car les noms dépourvus d’idées ne sont que des mots, qui servent moins à orner la mémoire qu’a la charger. À tant de bontés de votre part, je ne puis vous offrir, Madame, en signe de reconnoissance que le plaisir que j’ai de vous être obligé.

Ce n’est point sans un vrai déplaisir que j’apprends que ce grand voyage sur lequel toute l’Europe savante avoit les yeux, n’aura pas lieu. C’est une grande perte pour la Cosmographie, pour la Navigation & pour l’Histoire naturelle en général c’est, j’en suis très -sur, un chagrin pour cet homme illustre que le zele de l’instruction publique rendoit insensible aux périls & lux fatigues dont l’expérience l’avoit déjà si parfaitement