Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/549

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plantes pour votre herbier. Je présume au ton de votre lettre que je ne me suis pas beaucoup trompe. Ah Monsieur ! vous feriez grand tort a la botanique de l’abandonner après lui avoir si bien montre, par le bien que vous lui avez déjà fait, celui que vous pouvez encore lui faire.

Vous me faites bien sentir & déplorer ma misere, en me demandant compte de mon herborisation de Pila. J’y allai dans une mauvaise saison, par un très-mauvais tems, comme vous savez avec de très-mauvais yeux, & avec des compagnons de voyage encore plus ignorans que moi, & privé par conséquent de la ressource pour y suppléer que j’avois à la grande Chartreuse. J’ajouterai qu’il n’y a point, selon moi de comparaison a faire entre les deux herborisations, & que celle de Pila me paroît aussi pauvre que celle de la Chartreuse est abondante & riche. Je n’apperçus pas une Astrantia, pas une Pirola, pas une Soldanelle, pas une Ombellifere excepte le Meum, pas une Saxifrage, pas une Gentiane, pas une Légumineuse, pas une belle Didyname excepté la Melisse à grandes fleurs. J’avoue aussi que nous errions sans guides & sans savoir ou chercher les places riches, & je ne suis pas étonné qu’avec tous le avantages qui me manquoient, vous ayez trouvé dans cette triste & vilaine montagne des richesses que je n’y ai pas vues. Quoi qu’il en soit, je vous envoie, Monsieur, la courte liste de ce que j’y ai vu, plutôt que de ce que j’en ai rapporté ; car la pluie & ma mal-adresse ont fait que presque tout ce que j’avois recueilli s’est trouve gâté & pourri à mon arrivée ici. Il n’y dans tout cela que deux ou trois plantes qui m’ayent fait un grand plaisir. Je mets à leur tête le Sonchus alpinus, plante