Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/556

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LETTRE III.

Monquin le 22 Février 1770.

Pauvres aveugles que nous sommes ! &c.

Ne faites, Monsieur, aucune attention à la bizarrerie de ma date ; c’est une formule générale qui n’a nul trait à ceux qui j’écris, mais seulement aux honnêtes gens qui disposent de moi avec autant d’équité que de bonté. C’est pour ceux qui se laissent séduire par la puissance & tromper par l’imposture, un avis qui les rendra plus inexcusables si, jugeant sur des choses que tout devroit leur rendre suspectes, ils s’obstinent à se refuser aux moyens que prescrit la justice pour s’assurer de la vérité.

C’est avec regret que je vois reculer par mon état & par mauvaise saison, le moment de me rapprocher de vous. J’espere cependant ne pas tarder beaucoup encore. Si j’avois quelques graines qui valussent la peine de vous être présentées, je prendrois le parti de vous les envoyer d’avance pour ne pas laisser passer le tems de les semer ; mais j’avois fort peu de chose, & je le joignis avec des plantes de Pila, dans un envoi que je fis il y a quelques mois à Madame la duchesse de Portland, & qui n’a pas été plus heureux selon toute apparence, que celui que j’ai fait a M. Gouan ; puisque je n’ai aucune nouvelle ni de l’un & de l’autre. Comme celui de Madame de Portland étoit plus considérable, & que j’y avois mis plus de soins & de tems, je le regrette davantage ; mais