Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/563

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visites & de dînés, que si ceci dure, il est impossible j’y tienne, & malheureusement je manque de force pour défendre. Cependant si je ne prends bien vice un autre train de vie, mon estomac & ma botanique sont en grand péril. Tout ceci n’est pas le moyen de reprendre la copie de Musique d’une façon bien lucrative, & j’ai peur qu’à force dîner en ville, je ne finisse par mourir de faim chez moi. Mon ame navrée avoit besoin de quelque dissipation, je le sens : mais je crains de n’en pouvoir ici régler la mesure, & j’aimerois encore mieux être tout en moi que tout hors de moi. Je n’ai point trouvé, Monsieur, de société mieux tempérée & qui me convint mieux que la vôtre, point d’accueil plus selon mon cœur que celui que, sous vos auspices, j’ai reçu de l’adorable Mélanie. S’il m’étoit donne de me choisir une vie

égale & douce, je voudrois tous les jours de la mienne passer la matinée au travail, soit à ma copie soit sur mon herbier ; dîner avec vous & Mélanie ; nourrir ensuite une heure ou deux, mon oreille & mon cœur des sons de sa voix & de ceux de sa harpe ; puis me promener tête-à-tête avec vous le reste la journée en herborisant & philosophant selon notre fantaisie. Lyon m’a laissé des regrets qui m’en rapprocheront quelque jour peut-être. Si cela m’arrive vous ne serez pas oublié, Monsieur, dans mes projets ; puissiez-vous concourir à leur exécution ! Je suis fâché de ne savoir pas ici l’adresse de Monsieur votre frere. S’il y est encore je n’aurois pas tardé si long-tems à l’aller voir, me rappeller à son souvenir, le prier de vouloir bien me rappeller quelquefois au vôtre & à celui de M ****.