Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/583

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mutant que moi de haine pour le vice & d’amour pour la vertu.

Ainsi pour ce qui regarde les sciences & les belles-lettres, je crois d’en savoir autant qu’il en faut pour l’instruction d’un gentilhomme, outre que ce n’est point précisément l’office d’un gouverneur de donner les leçons ; mais seulement d’avoir attention qu’elles se prennent avec fruit, & effectivement il est nécessaire qu’il sache sur toutes les matieres plus que son éleve ne doit apprendre.

Je n’ai rien à répondre à l’objection qu’on me peut faire sur l’irrégularité de ma conduite passée ; comme elle n’est pas excusable, je ne prétends pas l’excuser : aussi, mon cher pere, vous je ai dit d’abord que ce ne seroit que dans quelques années & avec plus d’expérience, que j’oserois entreprendre de me charger de la conduite de quelqu’un. C’est que j’ai dessein me corriger entiérement & que j’espere d’y réussir.

Sur tout ce que je viens de dire, vous pourrez encore m’opposer que ce ne sont point des établissemens solides, principalement quant au premier & troisieme article ; là-dessus je vous prie de considérer que je ne vous les propose point comme tels, mais seulement comme les uniques ressources où je puisse recourir dans la situation ou je me trouve, en cas que les secours présens vinssent à me manquer ; mais il est tems de vous développer mes véritables idées & d’en venir à la conclusion.

Vous n’ignorez pas, mon cher pere, les obligations infinies que j’ai à Madame de Warens ; c’est sa charité qui m’a tiré plusieurs fois de la misere, & qui s’est constamment attachée depuis huit ans à pourvoir à tous mes besoins, & même bien