Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/590

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peut, qu’elle n’acheve de déshonorer sa famille & son nom ; & c’est un soin qui vous regarde aussi en qualité de belle-mere. J’ai écrit à M. Jean F.... son frere pour l’engager à venir ici, & tâcher de la retirer des horreurs où la misere ne manquera pas de la jetter. Je crois, ma chere tante, que vous serez bien & conformément aux sentimens que la charité, l’honneur & la religion doivent vous inspirer de joindre vos sollicitations aux miennes, & même sans vouloir m’aviser de vous donner des leçons, je vous prie de le faire pour l’amour de moi ; je crois que Dieu ne peut manquer de jetter un œil de faveur

& de bonté sur de pareilles actions. Pour moi, dans l’état où je suis moi-même, je n’ai pu rien faire que la soutenir par les consolations & les conseils d’un honnête homme, & je l’ai présentée à Madame de Warens qui s’est intéressée pour elle à ma considération, & qui a approuvé que je vous en écrivisse.

J’ai appris avec un vrai regret la mort de mon oncle Bernard. Dieu veuille lui donner dans l’autre monde le bien qu’il n’a pu trouver en celui-ci, & lui pardonner le peu de soin qu’il a eu de ses pupilles. Je vous prie d’en faire mes condoléances à ma tante Bernard à qui j’en écrirois volontiers ; mais en vérité je suis pardonnable dans l’abattement & la langueur où je suis de ne pas remplir tous mes devoirs. S’il lui reste quelques manuscrits de feu mon oncle Bernard qu’elle ne se soucie pas de conserver, elle peut me les envoyer ou me les garder ; je tâcherai de trouver de quoi les payer ce qu’ils vaudront. Donnez-moi s’il vous plaît des nouvelles de mon pauvre pere ; j’en suis dans une véritable peine ; il y a long-tems qu’il ne m’a écrit ; je vous prie de l’assurer dans l’occasion