Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/64

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sont avilies, l’impunité multiplie les mauvais citoyens, les fonds destinés à la guerre sont employés à nourrir la mollesse & l’oisiveté ; toutes ces causes de corruption, quel rapport ont-elles aux Sciences ?

De quelle gloire militaire les Romains ne se sont-ils pas couverts dans le tems que la littérature étoit est honneur à Rome ? Etoient-ils énervés par les Arts, lorsque Cicéron disoit à César : vous avez dompté des Nations sauvages & féroces, innombrables par leur multitude, répandues au loin en divers lieux ? Comme un seul de ces faits suffit pour détruire les raisonnemens de mon adversaire, il seroit inutile d’insister davantage sur cet article. On connoît les causes des révolutions qui arrivent dans les états. Les Sciences ne pourroient contribuer à leur décadence, qu’au cas que ceux qui sont destinés à les défendre, s’occuperoient des Sciences au point de négliger leurs fonctions militaires ; dans cette supposition, toute occupation étrangers à la guerre auroit les même suites.

M. Rousseau, pour montrer que l’ignorance préserve les mœurs de la corruption, passe en revue les Scythes, les premiers Perses, les Germains & les Romains dans les premiers tems de leur République ; & il dit que ces Peuples ont, par leur vertu, fait leur propre bonheur & l’exemple des autres Nations. On avoue que Justin a fait un éloge magnifique des Scythes ; mais Hérodote, & des Auteurs cités par Strabon, les représentent comme une nation des plus féroces. Ils immoloient au Dieu Mars la cinquieme partie de leurs prisonniers, & crevoient les yeux aux autres. À l’anniversaire d’un