Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/69

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L’ignorance & les mœurs corrompues des Nations qui habitent ces vastes contrées, sont voir combien porte à faux cette réflexion de mon adversaire : Peuples, sachez une sois que la nature a voulu vous préserver de la science, comme une mere arrache une arme dangereuse des mains de son enfant ; que tous les secrets qu’elle vous cache sont autant de maux dont elle vous garantit, & que la peine que vous trouvez à vous instruire, n’est pas le moindre de ses bienfaits. J’aimerois autant qu’il eût dit : Peuples, sachez une fois que la nature ne veut pas que vous vous nourrissiez des productions de la terre ; la peine qu’elle a attachée à sa culture, est un avertissement pour vous de la laisser en friche. Il finit la premiere partie de son Discours par cette réflexion : que la probité est fille de l’ignorance, & que la Science & la vertu sont incompatibles. Voilà un sentiment bien contraire à celui de l’Eglise ; elle regarda comme la plus dangereuse des persécutions la défense que l’Empereur Julien fit aux Chrétiens d’enseigner à leurs enfin & la Rhétorique, la Poétique & la Philosophie.

SECONDE PARTIE.

M. Rousseau entreprend de prouver de son Discours, que l’origine des Sciences est vicieuse, leurs objets vains, & leurs effets pernicieux. C’étoit, dit-il, une ancienne tradition passée de l’Egypte en Grece, qu’un Dieu ennemi du repos des hommes étoit l’inventeur des Sciences : d’où il infere que les Egyptiens, chez qui elles étoient nées,