Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t13.djvu/87

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RÉFUTATION.

Decipimur specie recti. .... sunt certi denique fines,

Quos ultrà, citràque nequit consistere rectum.*

[* L’Epigraphe, Decipimur specie recti... choisie par l’Auteur de ce Discours, pour nous annoncer que notre prévention en faveur des Sciences est une erreur ; cette Epigraphe, dis-je, est la seule excuse qu’on puisse lui prêter à lui-même, encore n’est-elle pas fort bonne ; car on peut être quelquefois trompé par les apparences & s’égarer ; mais il faut pourtant convenir que le chemin du vrai a des marques distinctives, des limites, des bornes, certi denique fines ; qu’il y a des regles pour s’y conduire : & en vérité elles me paroissent si évidentes dans l’opinion contraire à celle de l’Auteur, que je soupçonne qu’il a moins été séduit par les simples apparences du vrai, que par l’espoir de les réaliser à nos yeux à forcé de génie.]

Le rétablissement-qui ne s’en estime pas moins. L’Auteur est très-savant, & joue par conséquent ici un personnage feint & accommodé à la scene. Mais en général, sur quel fondement un honnête homme qui ne sauroit rien, ne s’en estimeroit-il pas moins ? Qui peut disconvenir que si cet honnête homme étoit savant, il auroit toujours un talent de plus, & qu’ainsi il en seroit d’autant plus estimable ? Mais est-il bien vrai qu’on puisse être parfaitement honnête homme & parfaitement ignorant tout ensemble ? Ne faut-il pas au moins connoître ses devoirs pour les remplir ? Ne faut-il pas les avoir appris par une éducation qui nous ait inculqué les principes d’une saine morale ? Une science aussi essentielle que celle-ci vaut bien, ce me semble, qu’on ne la compte