Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/100

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corps de l’homme n’est point l’homme, c’est l’ame qui en est la forme raisonnable, vivante & animale même & animée.

Dieu avant tout cela avoir dit : faisons l’homme à notre image & à notre ressemblance. Croira-t-on que par son corps seul, par son être purement physique, par la nature physique & corporelle l’homme est l’image & la ressemblance de Dieu ? Il ne seroit pas même l’image de la bête, qui dans le fond ne laisse pas d’avoir une ame vivante. Car les reptiles mêmes sont nommés des ames vivantes, reptile animoe viventis, aussi-bien que les poissons, & les plus terrestres animaux nommés par Moyse animam viventem in genere suo.

De sorte qu’on pourroit s’y méprendre & confondre l’ame de l’homme avec celle des animaux, si la condition d’être inspirée de Dieu & de son souffle, & sur-tout d’être l’image ressemblante de Dieu ne relevoit l’homme absolument au-dessus des purs animaux. Car c’est cette qualité d’image de Dieu cent fois répétée par Moyse, par toute l’Ecriture & par toutes sortes de traditions divines & humaines, qui est le propre spécifique de cette divine humanité, que M. R. ne fait que ravaler & comme traîner dans les boues à tout propos.

“Laissant donc, dit-il, tous les livres scientifiques, qui ne nous apprennent qu’à voir les hommes tels qu’ils se sont faits, & méditant sur les premieres & plus simples opérations de l’ame humaine, j’y crois voir deux principes antérieurs à la raison dont l’un nous intéresse ardemment à notre bien-être & à la conservation de nous-mêmes, & l’autre nous inspire une répugnance naturelle à voir périr & souffrir tout être sensible, & principalement nos semblables.”