Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/104

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LETTRE IV.

Ce n’est pas moi, Monsieur, qui m’ennuye à vous conter le vrai de tout. Je ne voulois même, dans la lettre précédente que vous dire un mot de tout ceci en suivant de près votre systême. Mais mon propre discours m’a séduit. Toutes les fois que je parle de ce premier moment de notre félicité sur la terre, je ne puis trouver la fin de mon discours, beaucoup moins pour donner audience ( pardon) au vôtre, qui n’a, je vous l’avoue, rien de flatteur pour moi, ni je crois, pour personne, qui ait la figure d’homme.

Enfin je viendrai à vous, plutôt même peut-être que vous, ne voudrez m’y rappeller. En attendant, permettez que, sans trop m’écarter de vous, j’entre dans l’Esprit de Dieu qui ne fait rien ( peut - on le dire décemment ) sans réflexion, & voyant Adam seul de son espece, appelle autour de lui tous les animaux, & invertit en quelque façon Adam du pouvoir & du talent de les appeller à son aide & en sa compagnie, s’il daigne les croire dignes de lui.

Dieu juge les animaux peu dignes d’Adam, il veut en quelque façon voir si adam en jugera de même ; ut videret quid vocturet ea. Dieu dès cette origine traite l’homme avec une sorte de respect. Il respecte son image, & sur-tout son intelligence & sa liberté. Dieu merci Adam n’en dégénere pas pour cette fois. Il se respecte lui-même. Des animaux n’étoient point capables de lui imposer. Il ne va pas tout-d’un-coup se familiariser