Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/105

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avec eux, apprendre d’eux à végéter, à brouter, se coucher au pied d’un arbre comme eux, & apprendre même d’eux à avoir de l’instinct comme le veut M. R. Dieu en présent hors & au-dedans d’Adam qui est son image. Adam consulte Dieu il se consulte lui-même, & nomme chaque animal par son nom, appellant le lion le fort, l’éléphant le grand, le cheval le coursier, le bœuf l’utile, le singe le malin, le renard le fin, le serpent le rusé, &c.

Et Dieu par Moyse dit avec une sorte de complaisance, qu’Adam n’en a pas manqué un seul, qu’à chacun il a dit son nom, omne enim quod vocavit Adam animoe viventis, ipsum est nomen ejus. Et Dieu & Moyse sur-tout en sont comme étonnés, de voir Adam si habile pour son coup d’essai, que d’avoir pénétré d’un seul regard dans la nature intime de tous les animaux, d’avoir démêlé leurs talens, reconnu leurs instincts, &c. On loue Aristote & Alexandre même d’une histoire des Animaux.

Il étoit bien question d’écrire une histoire ? Adam n’en avoit pas besoin ; tous les jours il voyoit & revoyoit les animaux & toute la nature qui n’avoit rien de plus mystérieux pour lui que cette portion animée ; & il revoyoit tout cela comme des animaux, des bêtes qui n’avoient chacune que la petite portion d’intelligence dont il avoit lui seul la plénitude, & dont aucune n’étoit digne de rompre la solitude dont il aspiroit sans cesse à se délivrer. Car toutes ces façons, vues & revues de Dieu & d’Adam n’aboutissoient qu’à ce mot : Adoe verò non inveniebatur adjutor similis ejus, c’est-à-dire, il n’y avoir point là de société pour Adam.