Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/107

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rien de physique & de naturel.

Enfin personne ne peut savoir mieux qu’Adam son histoire, sa nature, ses premieres actions, ses plus naturels & intimes sentimens. Il n’y a que lui & ses successeurs, enfans & petits-enfans, qui ayent pu en transmettre la tradition jusqu’à Moyse, & par Moyse jusqu’à nous. Adam, comme on dit, y étoit lorsque tout cela se fit, & Dieu prévoyant les excès de nos Philosophes soit-disant modernes, & pour nous garantir de leur séduction, a voulu, cela est sûr, que Moyse, l’Ecriture & l’Evangile fussent un rempart inébranlable, & bâti sur la pierre ferme à l’épreuve de toutes les séductions de l’enfer.

Il y auroit trop d’orgueil à vouloir qu’Adam n’y eût rien entendu, & à prétendre en même tans que l’on est soi-même mieux instruit qu’Adam, que toute l’humanité & toute l’Eglise sur un article qui surement n’est point du ressort de la philosophie & de la raison ordinaire, & est tout historique tout de fait & de pure tradition. Qu’avons-nous à faire de toute cette physique manquée, pour embrouiller tout cela ?

Je suis persuadé que M. R. n’a pas senti toute la conséquence de la façon de traiter un point si délicat. Il a trop voulu aller à l’origine de la société humaine. Il n’a pas pris garde que St. Paul en avoit fait un mystere & un sacrement, & reconnu dans la société originaire d’Eve & d’Adam l’union de J. C. avec son Eglise : Hoc sacramentum magnum est, in Christo dico & in Ecclesiâ. Ce qui n’a rien de surprenant, l’Eglise étant dans sa notion correcte une assemblée & une société, & la société même des hommes fideles en J. C. & cette divine