Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/110

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qui fait tout pour sa gloire, ne le dispensera de tendre à le connoître, à l’aimer, & à l’adorer, à l’honorer comme son créateur, son bienfaiteur, & l’auteur actuel de la vie, de la santé & de tout le détail de biens, respiration, lumiere, nourriture, bien-aise dont il jouit à tous les instans.

C’est à deviner encore si les purs animaux dans leur simple instinct sont capables de quelque connoissance, de quelque intelligence morale, relative à leur sorte de liberté, de spontanéité ; mais s’ils en sont capables, je croirois, sans hésiter, qu’encore ont-ils aussi des devoirs moraux, relatifs à la gloire de Dieu, au respect qu’ils doivent à l’homme, & une sorte de bienfaisance sociable entr’eux & envers toute la nature ouvrage de Dieu respectable pour eux. Qui sait & qui peut savoir si, n’ayant point ce qui s’appelle des idées claires & intuitives des choses, ils n’en ont pas au moins ce que nous appellons des sentimens qui tiennent le milieu entre les idées & les sensations grossiéres, dont on ne doute pas que les animaux ne soient sans cesse affectés.

J’ai donné il y a vingt ans, cette distinction d’idées, de sentimens & de sensations dans des Lettres sur la double Musique oculaire & auriculaire, Lettres adressées au nombre de six dans nos Journaux au célébre Président de Montesquieu, qui vient de mourir, hélas ! entre mes mains. Je définissois alors le sentiment une idée enveloppée ou la réunion & le concert de plusieurs idées, & la sensation un sentiment enveloppé ou la réunion & le concert de plusieurs sentimens. On pourroit définir la sensation un sentiment confus, & le sentiment une confusion d’idées. Dieu n’a que des idées La