Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/111

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bête n’a peut-être que des sensations, l’homme a des sentimens ; ce qui n’empêche pas qu’il n’ait aussi des idées, comme raisonnable, & des sensations, comme animal. Je suis, M. Votre, &c.

LETTRE VI.

Monsieur, ne croyez pas que mes Lettres vous soient simplement adressées comme une critique. Je vous les dédie comme un ouvrage de physique & de philosophie antidéiste, dont seulement je crois que vous avez besoin, pour empêcher le public d’être séduit par vos raisonnemens un peu outrés.

En entrant en matiere, pour mieux connoître l’homme, “vous le dépouillez de tous les dons surnaturels qu’il a pu recevoir, & de toutes les qualités artificielles qu’il n’a pu acquérir que par de longs progrès.” Quelle façon de raissonner ! Quoi ! pour connoître l’homme, vous lui ôtez tout ce qu’il a, tout ce qu’il est de mieux ? Dépouillez-le donc aussi de son esprit, & réduisez-le au corporel, au matérialisme pur. Cette façon n’y va que trop.

M. R. veut tout tirer de sa tête, & faire éclore l’homme & l’humanité de son cerveau. L’homme, selon lui, n’est point ce que Dieu le fait en l’ornant de toute façon, mais ce qu’il le fait lui M. R. en le dénuant de tout ; tel, prétend-il qu’il a dû sortir des mains de la nature. La voilà cette nature que M. R. invoque comme une bonne mere, en excluant formellement