Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/113

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hommes dispersés parmi eux ( les animaux ) observant, imitent leur industrie, & s’élevent ainsi jusqu’a des bêtes. Ce n’est point là un trait, c’est un systême, celui de tout le Livre.

De forte qu’en venant au monde, l’homme, tel que Dieu l’a fait apparemment, n’a pas même l’instinct des bêtes, qui sont, selon l’Auteur, les nourrices, les gouvernantes, les gouverneurs, précepteurs, instituteurs à qui il confie la grande éducation de l’homme, jusqu’à être chargées de lui donner de l’instinct, un instinct animal inclusivement. Pour le moins, Dieu donne à l’homme naissant un PÈRE & une mere, des oncles & des tantes, des freres & des sœurs, des voisins & des amis, des Princes mêmes & des Magistrats surveillants son éducation. Mais par manière de problême, je demande si l’homme de M. R. n’est pas un champignon, un serpent un ver à la façon de Diodore de Sicile !

L’Auteur paroît faire des façons, pour dire que son homme originaire est un sauvage. Il y vient ensuite, & le dit enfin tout net. La premiere qualité de ce sauvage nud & aguerri aux injures de l’air, est de devenir robuste & vigoureux, s’il est né fort ; & de périr, s’il est né foible : en quoi l’Auteur loue la bonne nature d’avoir pourvu au dépérissement d’une créature inutile. Ce raisonnement s’appelle de la philosophie. La nature est encore sort applaudie d’avoir fait naître cet animal unique, sans armes de défense, parce que cela lui donne. l’industrie d’en faire, & peu-à-peu l’esprit des arts ; esprit de corruption, au dire de M. R.

Car c’est-là ce qui gâte tout, que cet animal né sauvage,