Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/116

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fit des choses peu nécessaire, faux & contre la décence, la pudeur & la foi, que parce que le premier homme s’en étoit pas étoit passé jusqu’alors, il pût s’en passer désormais. Rien n’est mieux marqué dans l’histoire la plus incontestable du genre-humains. 1°. Qu’Adam & Eve, innocens & nuds, ne rougissoient point de leur nudité, & n’avoient nul besoin d’habits contre le froid le chaud, le vent les bêtes, &c. 2°. Que le péché étant arrivé, Adam & Eve rougirent l’un de l’autre, & chacun de lui même. 3°. Que Dieu même eut la bonté de leur faire des habits de peau & de leur apprendre à en faire. De sorte que je suis surpris que les savans Erudits ne remarquent pas que de tous les arts le premier & le plus ancien est celui-là ; & que les tailleurs ne se vantent pas d’être les premiers artistes de l’univers.

Une chose remaquable, c’est que Moyse n’articule d’autre saison de se faire des habits, que la pudeur. M. R. me permettra de lui reprocher qu’il s’honore peu devant les honnêtes gens, lorsqu’il veut s’honorer devant les prétendus Philosophes par des raisons physiques, qu’encore il ne trouve pas puisqu’il dit qu’il n’y en a pas, & qu’il ne voit pas pourquoi, &c. M. R. est-il physicien ? je le demande.

M. R. manie l’homme, son semblable, le semblable de Dieu, l’égal presque de J. C. avec trop peu de respect & & de pudeur. Mais c’est à moi de remarquer la différence de la philosophie sacrée & de la philosophie profane. Celle-ci, toute physique, toute matérialiste, toute fausse dans les hypotheses même, toute contraire aux bonnes mœurs, ne va qu’à décrier ses auteurs, dont réellement le monde fait peu de cas, & ne