Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/12

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oppose ensuite les vices & la barbarie des peuples ignorans qui existent de nos jours : de-là je passe à l’examen de ce que l’on doit entendre par ces mots, Vertu & Corruption ; & je finis par considérer quels sont leurs rapports avec les arts & les sciences, que je justifie contre. tous les nouveaux reproches qu’on a osé leur faire : j’attaque successivement toutes les preuves de mon adversaire à mesure qu’elles se rencontrent sur ma route, dans le plan que je me suis tracé, & je n’en laisse absolument aucune sans réponse.

Je parcours d’abord les traditions des premiers siecles du monde ; ici je vois les hommes représentés comme d’heureux bergers gardant leurs troupeaux au sein d’une paix profonde, & chantant leurs amours dans des prairies émaillées de fleurs ; là ce sont des manieres de monstres disputant les forêts & les cavernes aux animaux les plus sauvages ; d’un côté je trouve les fictions des Poëtes, de l’autre les conjectures des Philosophes : qui croirai-je, de l’imagination ou de la raison ?

Quelle pouvoit être la vertu chez des hommes qui n’en avoient pas même l’idée, & qui manquoient de termes pour se la communiquer ? ou si leur innocence étoit un don de la nature, pourquoi nos enfans en sont - ils privés ? Pourquoi leurs passions précedent-elles de si loin la raison, & leur enseignent-elles le vice si naturellement, tandis qu’il faut tant & de culture pour faire germer la vertu dans leurs ames ?

Cet âge d’or,*

[*Voyez la réponse de M. Rousseau.] dont on fait un point de foi, que l’on nous reproche si amérement de ne pas croire, étoit donc un