Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/128

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jusqu’à l’Evangille, sur le double commandement de l’amour de Dieu & du prochain : commandement le plus exprès, le plus clairement intimé, le plus souvent répété par Moyse, par Jésus-Christ, par les Apôtres & par tous les Législateur les plus idolâtres, par la nature même la plus corrompue. Hoc maximum mandatum, diliges Deum tuum : secundum verò simile huic, diliges proximum tuum, &c.

D’abord M. R. ne dit pas un mot du premier, qui regarde Dieu ; il ne devoit même en rien dire, ne pouvant dans son systême fonder l’amour de Dieu sur la pitié : Dieu ne peut qu’avoir pitié de nous, & jamais nous faire pitié, si ce n’est comme homme sur la croix. Ainsi donc, & en vertu de sa pitié pour nous, M. R. lui auroit commandé de nous aimer. Il n’établit donc cette filiation de pitié & d’amour ou de charité, que d’homme à homme, d’animal à animal, ou même d’animal à homme & d’homme à animal. La pitié même de M. R. ne va pas jusqu’à l’amour & à la charité envers le prochain.

Quoi qu’il en soit, M. R. dit que c’est la pitié “qui au lieu de cette maxime sublime de justice raisonnée, fais à autrui comme tu veux qu’on te fasse, inspire à tous les hommes cette autre maxime de bonté naturelle, bien moins parfaite, mais plus utile peut-être que la précédente, fais ton bien avec le moindre mal d’autrui qu’il est possible.”

Je ne puis m’en taire, M. R. voilà des excès terribles. Vous osez substituer vos maximes à celles de Dieu même & de la raison, & de la nature, autant que de la foi. Vous traitez de maxime