Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/161

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


sociétés, comme j’ai dit, sous des noms nationaux d’Iroquois, de Hurons, d’Algonquins, &c. Or tous ces gens-là vivant ensemble & en commun, en communauté de langue, de pensées, de sentimens, d’affections, de connoissances, de besoins, d’intérêts, de guerre, de paix, de pêche, de labour, de chasse, &c. ne peuvent manquer d’avoir & ont bien surement des loix & un gouvernement politique, moral, économique & civil, qui n’est, disois-je à mon illustre ami, ni déspotisme, ni monarchie, ni république, mais, naturalisme, ou plutôt moralisme pur, pure loi naturelle, purs sentimens naturels, & n’est pas même pure liberté, si ce n’est honnête, humaine & assujettie aux loix de la conscience & de la raison.

Ils n’ont ni Rois, ni Princes, ni Magistrats en titre, mais équivalemment ils ont pourtant des chefs & des gouverneurs, ne fût-ce que les chefs de famille & les anciens, vrais peres conscrits de toutes les familles, de tous les villages, de toutes les peuplades, de toute une nation. En guerre ils se donnent des capitaines qui n’ont presque droit que de ralliement & de marcher aux coups les premiers, & tout au plus, la premiere part au butin. Ils n’ont point de ministere ni de conseil d’Etat. Mais les plus sages, les plus expérimentés, les plus illustres par leurs hauts faits, & sur-tout les plus anciens, s’assemblent & jugent en commun de la guerre ou de la paix, & du bien ou du mal de tous.

Point d’autres loix que la raison, l’honneur, la conscience & une certaine tradition de mœurs & d’usages, dont ils ne se départent pas facilement. Je veux bien y ajouter la liberté, comme une loi sacrée, dont ils ne se départent gueres non