Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/178

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Prenons garde à cette fin du bel-esprit aboutissant au non-esprit, où nous mene évidemment M. R. en nous ramenant à notre prétendue origine par des systêmes, qui non-seulement excluent les arts & les sciences, mais n’ont pas même de bon sens. Car nommément j’ai été prié & je suis autorisé par gens de bel & de bon & de vrai esprit, de lâcher le mot du bon sens qui manque aux fantaisies de M. R.

Arrivé à-peu-près aux deux tiers de son livre sans avoir rien prouvé, par un entassement de propositions improbables, M. R. se flatte pourtant d’avoir enfin pas à pas mené son Sauvage non humain à l’humanité sociable, & vicieuse par conséquent, selon lui. On petit croire qu’il n’y a de vicieux que cette façon ou ce dessein de mener tout cela, si c’est mener à contre-sens & au vrai rebours du sens commun.

“Voilà donc, dit - il, toutes nos facultés développées, la mémoire & l’imagination en jeu, l’amour-propre intéressé, la raison rendue active, & l’esprit arrivé presque au terme de la perfection dont il est susceptible. Or de-là vint tout de suite l’hypocrisie, le faste imposant, la ruse trompeuse &c. & sur-tout l’esclavage, de libre & d’indépendant qu’il étoit auparavant.” Si bel & si bien du reste qu’en se perfectionnant, selon M. R. & devenant de machine animal d’animal spirituel, de spirituel raisonnable & de raisonnable & sans doute divin, l’homme se dégrade, selon M. R., dont voilà le bon sens de mener tout à contre-sens ; ai - je dit & redit ?

Sans trop entrer désormais dans les raisonnemens fantasques & misanthropes, il me permettra de lui faire observer