Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/182

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ni arts, ni hôpitaux, ni colleges ; ni précepteurs, ni défenseurs ; ni princes, ni magistrats ?

Mais on est libre, dit M. R. & encore ne l’est-on pas. La liberté n’est que de choix entre le bien & le mal. Le Sauvage quand il pleut, n’est libre que de se mouiller, n’étant pas libre de se mettre à couvert. Il n’est pas libre : il est forcé de souffrir mille sortes de maux, la faim, la soif, la nudité, mille especes de maladies. La société ne nous ôte aucune liberté honntête & utile, en nous forçant assez doucement, d’être honnêtes-gens, bons citoyens, bons chrétiens : & comme elle y oblige tout le monde, encore lui sommes-nous redevables d’y forcer autour de nous cent mille hommes, qui sans cela pourroient à chaque instant nous molester beaucoup dans notre propre personne, dans nos biens, dans tout notre bien être.

M. R. attribue à la société les guerres nationales, les batailles, les meurtres, les représailles, qui sont frémir la nature, &c. Est-ce que les Sauvages n’ont pas des guerres des batailles des meurtres, des représailles, d’autant plus faisant frémir la nature, que les nôtres sont contre la vie civile, la religion, les devoirs surnaturels, & celles des Sauvages, toujours directement contre la nature seule ? Les guerres & les batailles des Sauvages sont bien pires que les nôtres. Les nôtres peuvent être contre l’humanité en générai : les leurs contre les hommes en détail, & d’homme à homme.

Quand la France est en guerre contre l’Europe entière, que sa jalousie réunit contre nous, il part de ce royaume tous les ans dix ou vingt mille hommes de recrue, dont dans une campagne il peut en périr la moitié. Mais le gros de la France,