Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/183

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le corps de la nation n’en est comme point offensé., & la moitié de ce qui y périt, auroit pu périr sans cela. Qu’une nation sauvage soit en guerre, c’est la guerre de toute la nation ; les femmes y menent leurs enfans à la suite des hommes. Leurs batailles ne sont que de deux ou trois cents hommes : mais c’est toute la nation qui y périt.

Depuis douze cents ans, que la France comme royaume fait la guerre en France, en Flandre, en Allemagne, en Italie, à Constantinople, à Jérusalem, à Damiette, à Tripoli, en Espagne &c. la France est à-peu-près aujourd’hui ce qu’elle étoit au tems de Clovis ; au lieu que toutes les nations sauvages de l’Amérique, Algonquins, Iroquois, Hurons, &c. se sont comme toutes détruites y en ayant plusieurs dont il ne reste plus de vestige.

Les guerres sont un mal de la nature corrompue, corrompue par le péché, non par la société réparée même par la société chrétienne en Jésus-Christ ; car l’Eglise n’est qu’une société, une assemblée des fideles. Nos guerres se sont en regle & ne vont jamais à la destruction d’une nation entiere, ni à moitié. Les guerres des Sauvages sont des fureurs, des trahisons, des guet-à-pens, des assassinats, des duels, ai-je dit d’homme à homme. Nos guerres respectent l’humanité : à Fontenoy, Anglois & François s’invitoient le chapeau à la main à tirer les premiers : aucun ne vouloit commencer. Un ennemi désarmé n’est plus notre ennemi.

Or c’est-là que commence la guerre du Sauvage : un ennemi sans armes, excite toute leur fureur. Ils le saisissent, le garronent jusqu’à lui ôter la respiration. ils lui arrachent la chevelure,