Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/189

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seuls compétens pour nous dire ce que c’est que l’état de nature en opposition avec l’état de grace, qui est bien surement de leur ressort.

Qui n’entend qu’une partie, est bien surement un juge incompétent. Les prétendus philosophes, purs physiciens tels que l’est & prétend l’être M. R. n’entendent au plus que la nature pour la connoître en elle-même ; & encore, encore l’entendent-ils ? au lieu que les théologiens tout aussi naturalistes que les physiciens, & pourquoi non ? sont au-dessus d’eux moralistes & docteurs de la grace. Selon Cicéron même la philosophie est rerum divinarum & humanarum cognitio, & divinarum sans doute avant humanarum. Depuis Descartes il est vrai que nos philosophes disent : Je suis philosophe & ne suis pas théologien. Ils ne sont donc ni l’un ni l’autre, ne pouvant être l’un sans l’autre. Mais je ne suis ici que moraliste en opposition à M. R. qui n’est que physicien soi-disant.

M. R. sans indiquer aucun des sophismes dont il accuse les politiques mêmes & les philosophes sans preuves ni demie, dit que ces Messieurs à qui il en veut de sa pleine autorité, par les choses qu’ils voyent, jugent des choses très-différentes qu’ils n’ont pas vues. M. R. a-t-il vu d’état de pure nature, de Sauvage originaire, d’homme sans société ? A-t-il vu inventer. les langues par un tremblement de terre qui d’un continent a fait une. Isle, comme d’un coup de canon, le ratio ultima, a de M. R. non roi pourtant.

On croiroit en vérité que M. R. raisonne ou parle au hasard, & que c’est sa plume & non lui qui écrit. Il ignore les maximes les plus communes de la logique, de la rhétorique,