Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t15.djvu/190

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de toute méthode & de tout art de, chercher la vérité & de bien parler. Ce qu’il blâme là est la premiere regle du bon sens, de la raison comme de la foi. Car St. Paul blâme les philosophes de n’avoir pas reconnu un Dieu invisible par les choses visibles qui sont son ouvrage, & Descartes nous apprend très-bien à passer da connu à l’inconnu.

Et comment inventer en aucun genre, si par les choses qu’on voit on ne vient pas à imaginer ce qu’on ne voit pas. Selon M. R. il est faux que de soi l’homme aspire à la servitude comme le prétendent les philosophes & les politiques. Eh ! mon Dieu, sans tant d’abstractions métaphysiques & de bel-esprit, nous voyons de nos yeux, & nous entendons de nos oreilles, & le bon sers nous le dit que les trois quarts & demi des hommes cherchent des conditions de valet même, de client ; de sujet pour avoir du pain & vivre en société ou vivre tout court.

On y est bien forcé d’aspirer à la servitude : & il est si vrai que servire Deo regnare est, que dans le monde même un simple laquais est tout fier de la livrée qu’il porte, & parle souvent plus en maître que son maître même. Et dans un état même d’abstraction & de bel-esprit un peu sensé, la plupart des hommes seroient très-embarrassés de la liberté à laquelle ils n’aspirent que parce qu’ils en ont encore trop. Je citerois tel peuple de l’Europe, qui vivroit plus libre & moins sujet à des révolutions de servitude, s’il arrivoit enfin, comme il peut arriver, que ses vrais maîtres le devinssent un peu plus, & tout-à-fait.

Point d’esclavage plus grand & plus tyrannique, que celui